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Plan rapproché
L’esprit nouveau de la Bibliothèque

Entretien avec David Aymonin


David Aymonin a été nommé, ce printemps, au poste de directeur de la Bibliothèque centrale et de l’information scientifique de l’EPFL. Il fait le point sur les nouveaux outils d’acquisition des savoirs et sur le futur Centre de connaissances qui verra le jour en 2008.


David Aymonin, d’où venez-vous et quelle formation avez-vous suivie?
A la fin de mes études en chimie organique à Strasbourg, en France, j’ai découvert le monde de la documentation scientifique et j’ai alors suivi la formation dispensée par l’Ecole nationale supérieure des bibliothèques à Lyon. J’ai commencé ma carrière comme documentaliste dans l’industrie pharmaceutique, mais je souhaitais travailler dans l’humanitaire et acquérir une expérience à l’étranger. J’ai eu alors la chance de passer deux ans au Tchad en tant que volontaire pour une organisation non gouvernementale, à piloter le réseau national des bibliothèques de lecture publique. Je suis ensuite revenu en France pour intégrer le secteur des bibliothèques universitaires, en tant que formateur aux bases de données et à l’Internet – qui était alors en plein développement. Trois ans plus tard, l’appel du large restant toujours aussi fort, j’ai occupé le poste de responsable du Centre de ressources et d’information sur la France au service culturel de l’Ambassade de France à New Delhi, en Inde. Avant mon arrivée à l’EPFL, j’étais responsable d’une bibliothèque universitaire en Bretagne où je me suis notamment occupé de périodiques scientifiques électroniques.

Que souhaitez-vous apporter à la Bibliothèque centrale?
La Bibliothèque centrale doit, à mon sens, rendre service aux étudiants, aux enseignants et aux chercheurs, mais aussi aux autres bibliothèques de l’EPFL. Le réseau documentaire de l’école est très riche en compétences, en services et en ressources, mais doit être mieux coordonné, pour soutenir encore davantage l’enseignement et la recherche. Ma fonction de directeur de l’information scientifique correspond à cette mission.
Pour ce qui est de la Bibliothèque centrale, nous devons particulièrement accueillir les étudiants «débutants» de première et deuxième année. Pour cela nous souhaitons baliser des itinéraires, physiques (par l’aménagement des espaces de la bibliothèque) ou virtuels (via notre site web) pour leur indiquer, de manière claire et rapide, quels sont les sources documentaires et les livres à consulter et à emprunter. Par ailleurs, les expériences menées dans plusieurs pays montrent que la formation à la recherche d’information est un facteur de réussite dans les études, ainsi qu’un facteur de réussite professionnelle. On considère même que ce type de formation constitue un critère de qualité des cursus académiques. J’ai pu constater que, pour différentes raisons, cette formation était peu développée à l’EPFL et il semble que l’évolution de l’école vers une pédagogie plus active et axée sur la résolution de problèmes devrait permettre d’introduire progressivement ce type de formation, au départ avec des professeurs volontaires, puis de l’inscrire dans les cursus.

Parmi le choix de livres de la bibliothèque, avez-vous un domaine de prédilection?
La collection d’enseignement, qui existe depuis 10 ans déjà. Cette collection, qui s’adresse aux étudiants des première et deuxième année, est signalée de manière spécifique au premier étage de la bibliothèque. Elle est constituée des ouvrages permettant de compléter ou d’approfondir les cours, dans toutes les disciplines. Chaque titre a été recommandé par un ou plusieurs enseignants et est disponible en plusieurs exemplaires.

Dans les bibliothèques, quelle évolution avez-vous pu observer lors du passage du support papier au support virtuel?
Depuis la fin des années 70 les bases de données bibliographiques étaient accessibles sur des serveurs commerciaux, dont seuls les bibliothécaires avaient une connaissance approfondie. L’évolution vers le numérique a vraiment commencé en 1985, avec l’arrivée des CD-Rom. Dès ce moment, les bibliographies électroniques sont devenues directement accessibles aux utilisateurs, c’est-à-dire aux chercheurs et aux étudiants avancés. Ce passage s’est manifesté, dans les bibliothèques, par un glissement de la relation lecteur-bibliothécaire vers une relation lecteur-machine. Dès ce moment, le lecteur s’est mis à consulter le bibliothécaire, non plus seulement pour des demandes de renseignements, mais aussi pour lui demander de lui expliquer le fonctionnement de l’ordinateur, voire pour se plaindre de la machine en cas de mauvais fonctionnement. Le bibliothécaire lui-même passant beaucoup de temps à faire fonctionner les tours et les réseaux de CD-Rom. Puis à partir de 1994, nous avons assisté, avec le développement d’Internet, à la mise sur le web progressive des bases de données bibliographiques. Ce n’est qu’à partir des années 2000-2001 que le texte intégral des articles scientifiques est apparu avec la mise sur le marché, des revues électroniques. Les sources d’information se sont, par conséquent, multipliées et hétérogénéisées. Les bibliothèques se sont adaptées en réduisant les abonnements aux revues sous forme papier et en augmentant le nombre de titres accessibles électroniquement. Actuellement, la Bibliothèque centrale gère moins de 300 revues scientifiques sous forme papier et près de 6000 sous forme électronique.
Cette évolution s’est accompagnée d’une baisse de la fréquentation des bibliothèques, les utilisateurs accédant à la documentation depuis leur ordinateur. Mais dans le même temps on a assisté à une «googelisation» de l’accès à l’information. Grâce aux interfaces web la recherche bibliographique semble très simple. En réalité, une recherche de ce type, pour produire des résultats de qualité, nécessite de bien connaître les différentes sources, leur couverture, leurs modes d’interrogation, d’où la formation que nous proposerons aux étudiants mais aussi aux doctorants (et pourquoi pas aux chercheurs, s’ils le veulent!).

Qu’en est-il du futur Learning Center, pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Tout d’abord, je tiens à préciser que son nom reste encore à trouver: notre culture francophone et latine, qui cultive le respect de la connaissance, nous pousse à trouver une appellation en français qui traduise cette valeur. Appelons-le temporairement «Centre de connaissance». Le Centre de connaissance, donc, proposera aux étudiants et autres usagers de l’EPFL et au public extérieur l’accès à tous les supports d’information scientifique: papier, électronique, audiovisuel, ainsi que des espaces de travail confortables et flexibles. Le centre se propose aussi de devenir un lieu de rencontre et de vie. Les besoins des étudiants et leur façon d’apprendre ont changé et c’est donc à nous de nous adapter à ce nouveau type d’apprenants. En fait, ce futur Centre de connaissance devra contribuer à l’attractivité de l’EPFL auprès des futurs étudiants. En effet, ces derniers seront encore plus sensibles aux conditions d’étude et de vie sur le campus et il y a fort à parier que le seul «label EPFL» ne suffira bientôt plus à faire la différence par rapport à d’autres écoles.

Quelles seront les autres missions de ce futur Centre de connaissance?
Comme je l’ai dit plus haut, mettre en réseau les différentes bibliothèques internes à chaque faculté de l’EPFL, et elles sont nombreuses! L’idéal serait de parvenir à coordonner les achats à l’intérieur de chacune d’elles, notamment pour éviter les doublons, mais également pour offrir une couverture plus large. Nous souhaitons aussi pouvoir mettre toutes ces collections à disposition de l’ensemble du campus. Nous travaillons déjà à un catalogue collectif des bibliothèques et nous souhaitons harmoniser les services de prêt à l’intérieur de chaque faculté. A mon avis, il serait optimal de regrouper certaines bibliothèques existant à l’intérieur d’une Faculté. Ceci pour faciliter l’accès aux documents et rendre un meilleur service, à proximité directe de ceux qui en ont besoin. Actuellement, dans certaines facultés, vous pouvez trouver plusieurs dizaines de très petites bibliothèques, très spécialisées, et donc très utiles, mais disséminées dans des salles différentes, ouvertes certains jours et à certaines heures seulement. Au-delà de cet avis personnel, j’insiste pour que l’organisation de ce réseau et la définition des missions des diverses bibliothèques soient déterminées avec les bibliothécaires et les responsables des facultés, qui connaissent parfaitement leurs besoins et leurs publics.

Dans ce futur Centre, quel sera le rôle de la Bibliothèque centrale? Sera-t-elle intégrée au Centre de connaissance?
La bibliothèque formera le cœur du Centre de connaissance offrant de très importantes collections de livres comme aujourd’hui, mais aussi des ouvrages sur l’éthique et les rapports science et société, des romans et des films de science-fiction. En outre, nous continuerons d’enrichir les services électroniques d’information scientifique. Notre mission sera de proposer de la «nourriture pour l’âme» aux scientifiques – et aux autres – et cela se fera en valorisant les fonds de livres anciens de nos bibliothèques, en continuant à conseiller et assister les futurs lecteurs et en développant une politique d’animation culturelle.

Quel sera votre rôle dans ce «Centre de connaissance»?
Le président Patrick Aebischer et les vice-présidents pilotent le projet. Il reste encore à déterminer quel sera le mode de fonctionnement du centre, et comment il sera dirigé. Pour commencer, nous allons tester, au sein-même de la Bibliothèque centrale actuelle, certaines des hypothèses élaborées en vue du Centre de connaissance. Dans ce but, nous avons débuté des travaux de réaménagement. Entamés le 15 octobre, ils prendront fin début décembre. Nous augmentons le nombre de places de travail, et réorganisons les espaces pour offrir des ambiances différentes afin de séparer les zones de bruit des zones de silence et pour favoriser le travail en groupe. Quant à moi, je ne vais pas changer de métier avec l’ouverture du Centre de connaissance, mais je vais pouvoir l’exercer plus intensément et dans de meilleures conditions, ainsi que tous les collaborateurs des bibliothèques de l’EPFL


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mise à jour: 22 janvier 2004